En bref
- Les chiffres de 0 à 10 tiennent en une syllabe chacun : 零 líng, 一 yī, 二 èr, 三 sān, 四 sì, 五 wǔ, 六 liù, 七 qī, 八 bā, 九 jiǔ, 十 shí.
- Construction logique : 11 se dit 10+1 (十一), 20 se dit 2×10 (二十), 21 se dit 2×10+1 (二十一).
- Deux mots pour « deux » : 二 (èr) sert à compter, 两 (liǎng) s’utilise avant un classificateur.
- Découpage par 4 chiffres : au-delà de 9999, le chinois passe à 万 (10 000) au lieu d’utiliser mille.
- Symbolique : le 8 (bā) porte chance, le 4 (sì) évoque la mort et reste évité dans la vie courante.
Compter en chinois suit une logique mathématique très régulière, plus simple que le français à bien des égards. Le système repose sur dix caractères de base et quelques unités supérieures qui se combinent par addition et multiplication. Cette page présente les chiffres de 0 à 10, les règles de construction des grands nombres, les pièges courants et la symbolique culturelle des nombres dans la culture chinoise.
Les chiffres de 0 à 10
Les onze premiers chiffres sont la base de toute la numération chinoise. Chacun s’écrit avec un seul caractère et se prononce en une seule syllabe. Leur mémorisation conditionne la suite de l’apprentissage, puisque tous les nombres jusqu’à 99 999 se construisent à partir de ces unités.
| Chiffre | Caractère | Pinyin | Ton |
|---|---|---|---|
| 0 | 零 | líng | 2ᵉ |
| 1 | 一 | yī | 1ᵉʳ |
| 2 | 二 | èr | 4ᵉ |
| 3 | 三 | sān | 1ᵉʳ |
| 4 | 四 | sì | 4ᵉ |
| 5 | 五 | wǔ | 3ᵉ |
| 6 | 六 | liù | 4ᵉ |
| 7 | 七 | qī | 1ᵉʳ |
| 8 | 八 | bā | 1ᵉʳ |
| 9 | 九 | jiǔ | 3ᵉ |
| 10 | 十 | shí | 2ᵉ |
Les caractères de 1 à 3 sont les plus simples du système d’écriture chinois, avec un trait horizontal pour 一, deux pour 二, trois pour 三. Au-delà, les caractères perdent cette logique pictographique et doivent se mémoriser comme des unités graphiques distinctes. Mieux vaut donc travailler la prononciation et l’écriture en parallèle dès le début, plutôt que de chercher une logique visuelle qui n’existe plus à partir de 4.
Compter de 11 à 99
La construction des nombres de 11 à 99 suit une logique mathématique transparente. De 11 à 19, on dit littéralement « dix un, dix deux, dix trois ». Ainsi 11 se dit 十一 (shí yī), 12 devient 十二 (shí èr) et 19 donne 十九 (shí jiǔ). Aucune irrégularité du type « onze, douze, treize » à mémoriser comme en français.
Pour les dizaines rondes, on inverse l’ordre. 20 se dit 二十 (èr shí), littéralement « deux fois dix ». 30 devient 三十 (sān shí) et 90 donne 九十 (jiǔ shí). La logique est strictement multiplicative.
Pour les nombres situés entre les dizaines, on combine les deux règles. 21 se construit comme 二十一 (èr shí yī), c’est à dire 2×10+1. 47 devient 四十七 (sì shí qī) et 99 se dit 九十九 (jiǔ shí jiǔ). Aucun cas particulier, aucune exception. Cette régularité explique pourquoi les enfants chinois maîtrisent le calcul mental plus tôt que les enfants francophones, qui doivent jongler avec « soixante-dix », « quatre-vingts » et « quatre-vingt-dix ».
| Nombre | Caractères | Pinyin | Logique |
|---|---|---|---|
| 15 | 十五 | shí wǔ | 10 + 5 |
| 20 | 二十 | èr shí | 2 × 10 |
| 38 | 三十八 | sān shí bā | 3 × 10 + 8 |
| 72 | 七十二 | qī shí èr | 7 × 10 + 2 |
| 99 | 九十九 | jiǔ shí jiǔ | 9 × 10 + 9 |
Les centaines, les milliers et au-delà
Au-dessus de 99, deux nouvelles unités entrent en jeu : 百 (bǎi) pour cent, 千 (qiān) pour mille. La construction reste régulière. 100 se dit 一百 (yī bǎi), 200 devient 二百 ou 两百, 1 000 s’écrit 一千 (yī qiān) et 5 000 donne 五千 (wǔ qiān).
Le chinois introduit une particularité importante au-dessus de 9 999. La prochaine unité n’est pas « dix mille » au sens de 10 × 1 000, mais un nouveau caractère, 万 (wàn), qui possède sa propre valeur de référence. Cette unité change toute la logique de découpage des grands nombres.
| Unité | Caractère | Pinyin | Valeur |
|---|---|---|---|
| Dix | 十 | shí | 10 |
| Cent | 百 | bǎi | 100 |
| Mille | 千 | qiān | 1 000 |
| Dix mille | 万 | wàn | 10 000 |
| Cent millions | 亿 | yì | 100 000 000 |
Cette différence change le découpage visuel des grands nombres. Là où le français sépare par tranches de trois chiffres (1 000 000), le chinois découpe par tranches de quatre (100 0000). Un million se dit donc 一百万 (yī bǎi wàn), littéralement « cent fois dix mille ». La gymnastique mentale demande un peu d’entraînement, mais devient automatique après quelques semaines de pratique.
Le zéro intervient dans deux cas précis. D’abord quand un chiffre nul sépare deux chiffres non nuls, comme dans 105 qui se dit 一百零五 (yī bǎi líng wǔ), avec 零 (líng) intercalé. Ensuite quand plusieurs zéros se suivent, auquel cas un seul 零 suffit pour les représenter tous, comme dans 1 005 qui devient 一千零五 (yī qiān líng wǔ).
Le piège du « deux » : 二 ou 两 ?
Le mandarin distingue deux mots pour le chiffre 2, et l’usage des deux n’est pas interchangeable. Le caractère 二 (èr) sert à compter, à former des nombres et à indiquer un ordre. Le caractère 两 (liǎng) s’utilise pour indiquer une quantité de quelque chose, devant un classificateur.
Pour dire « deux personnes », il faut donc dire 两个人 (liǎng gè rén) et non 二个人. La règle est stricte. Dès qu’un classificateur ou un nom mesurable suit, c’est 两 qui s’impose. Cette distinction n’a pas d’équivalent en français, ce qui explique pourquoi elle déroute les apprenants au début.
| Cas | Forme | Exemple | Traduction |
|---|---|---|---|
| Compter, énumérer | 二 (èr) | 一、二、三 | un, deux, trois |
| Numéro de chambre | 二 (èr) | 282号房间 | chambre 282 |
| Dans 12, 22, 82… | 二 (èr) | 十二 | douze |
| Avant 十 ou 百 | 二 (èr) | 二十 | vingt |
| Avant un classificateur | 两 (liǎng) | 两个苹果 | deux pommes |
| Avant une mesure | 两 (liǎng) | 两年 | deux ans |
| 200, 2000 | 两 ou 二 | 两百 / 二百 | deux cents (les deux acceptés) |
Une erreur sur ce point passe rarement inaperçue chez un interlocuteur chinois. La bonne nouvelle, c’est que la règle s’intègre rapidement avec la pratique : quelques erreurs corrigées suffisent généralement à ancrer le bon réflexe.
Le cas particulier du 1 dans les énumérations
Quand un Chinois énonce un numéro de téléphone, une plaque d’immatriculation ou un numéro de série, il prononce les chiffres un par un. Dans ces énumérations, le chiffre 1 change de prononciation : 一 (yī) devient 幺 (yāo) à l’oral.
Ce changement vient d’un besoin de clarté téléphonique. Les sons yī et qī (sept) se confondent facilement quand la ligne est mauvaise ou quand le bruit ambiant gêne la compréhension. Le mot yāo, plus distinct, élimine ce risque. La pratique est universelle dans les contextes professionnels, militaires et téléphoniques.
Un numéro comme 138 6432 8603 se lit ainsi yāo sān bā, liù sì sān èr, bā liù líng sān. À l’écrit, le caractère reste 一 dans les nombres normaux. Le caractère 幺 n’apparaît que dans certaines transcriptions phonétiques très formelles.
Compter avec les doigts à la chinoise
Les Chinois représentent les chiffres avec une seule main, là où la plupart des Occidentaux en utilisent deux. Cette pratique est très répandue dans les marchés, les commerces et les jeux de dés. Les gestes diffèrent significativement des habitudes françaises et peuvent prêter à confusion lors d’une négociation.
| Chiffre | Geste correspondant |
|---|---|
| 1 | Index levé |
| 2 | Index et majeur levés en V |
| 3 | Majeur, annulaire et auriculaire levés |
| 4 | Quatre doigts levés, pouce replié |
| 5 | Main ouverte, tous les doigts levés |
| 6 | Pouce et auriculaire levés (signe « call me ») |
| 7 | Pouce, index et majeur joints en pointe |
| 8 | Pouce et index écartés en forme de pistolet |
| 9 | Index recourbé en crochet |
| 10 | Poing fermé, ou les deux index croisés |
Le geste pour 6 est sans doute le plus surprenant pour un francophone, puisqu’il ressemble au signe « téléphone » occidental. Le geste pour 8 imite directement la forme du caractère 八. Connaître ces gestes évite des malentendus dans les commerces, surtout quand le bruit ambiant rend la prononciation difficile à saisir.
Symbolique des chiffres dans la culture chinoise
Les chiffres en chinois portent une charge symbolique forte, liée à leur prononciation. Certains sons rappellent des mots positifs ou négatifs, ce qui crée des préférences culturelles très marquées. Cette symbolique influence le choix des dates de mariage, des numéros de téléphone, des plaques d’immatriculation et même des étages dans les immeubles.
Le 8 (八, bā) est le chiffre le plus chanceux. Sa prononciation se rapproche de 发 (fā), qui signifie « prospérer, faire fortune ». Les Chinois cherchent à intégrer le 8 dans tout ce qui touche aux occasions importantes. Les Jeux Olympiques de Pékin ont d’ailleurs commencé le 8 août 2008 à 8 h 08 du soir, ce qui n’a rien d’un hasard.
Le 4 (四, sì) est à l’inverse considéré comme malchanceux. Sa prononciation rappelle celle de 死 (sǐ), qui signifie « mourir ». Beaucoup d’immeubles en Chine sautent le quatrième étage, comme certains hôtels occidentaux évitent le 13. Les numéros de chambre et les plaques d’immatriculation contenant des 4 sont moins prisés, et parfois proposés à prix réduit.
| Chiffre | Connotation | Raison phonétique |
|---|---|---|
| 1 | Réussite, unité | Symbolise le commencement |
| 2 | Harmonie, paire | Préférence pour les chiffres pairs |
| 4 | Malchance | 四 sì proche de 死 sǐ (mort) |
| 6 | Fluidité | 六 liù proche de 流 liú (couler) |
| 8 | Chance, richesse | 八 bā proche de 发 fā (prospérer) |
| 9 | Longévité | 九 jiǔ proche de 久 jiǔ (durable) |
Cette symbolique reste très active dans la Chine contemporaine. Les promoteurs immobiliers facturent plus cher les appartements situés au huitième étage. Les opérateurs téléphoniques vendent les numéros contenant beaucoup de 8 à des tarifs majorés, parfois plusieurs milliers d’euros pour un numéro composé exclusivement de 8. À l’inverse, certains immeubles sautent purement et simplement les étages contenant un 4.
Les nombres ordinaux
Pour transformer un nombre cardinal en ordinal, le chinois utilise le préfixe 第 (dì). La règle est universelle, sans aucune exception. 第一 donne « premier », 第二 signifie « deuxième », 第三 veut dire « troisième », et ainsi de suite jusqu’à 第一百 pour « centième ».
Cette régularité contraste fortement avec le français, où « premier » et « second » sont des formes irrégulières. En chinois, il n’existe aucun équivalent à cette irrégularité, et le système reste strictement productif quel que soit le nombre concerné.
| Ordinal | Caractères | Pinyin |
|---|---|---|
| Premier | 第一 | dì yī |
| Deuxième | 第二 | dì èr |
| Cinquième | 第五 | dì wǔ |
| Dixième | 第十 | dì shí |
| Centième | 第一百 | dì yī bǎi |
Pourcentages, fractions et décimales
Le pourcentage en chinois inverse l’ordre du français. Là où l’on dit « 50 % », le chinois dit littéralement « sur cent, cinquante », ce qui donne 百分之五十 (bǎi fēn zhī wǔshí). La structure est rigide et s’applique à tous les pourcentages sans exception. 100 % se dit donc 百分之百 (bǎi fēn zhī bǎi).
Les fractions suivent la même logique inversée. Là où le français dit « un sur trois », le chinois dit « trois portions, un », ce qui donne 三分之一 (sān fēn zhī yī). Le dénominateur vient toujours en premier, suivi de 分之 puis du numérateur.
Les nombres décimaux utilisent le caractère 点 (diǎn, qui signifie « point ») là où le français emploie une virgule. Ainsi 3,14 se dit 三点一四 (sān diǎn yī sì). La partie après la virgule se lit chiffre par chiffre, sans recombiner les valeurs comme en français où l’on dirait « quatorze » pour 14.
Chiffres financiers ou « grande écriture »
À côté des chiffres courants existe un second jeu de caractères, utilisés exclusivement dans les documents commerciaux et bancaires. Ces formes complexes servent à empêcher la falsification. Ajouter un trait au caractère 一 le transforme facilement en 二 ou en 三, ce qui n’est tout simplement pas possible avec les versions financières, beaucoup plus élaborées.
| Valeur | Forme courante | Forme financière | Pinyin |
|---|---|---|---|
| 1 | 一 | 壹 | yī |
| 2 | 二 | 贰 | èr |
| 3 | 三 | 叁 | sān |
| 4 | 四 | 肆 | sì |
| 5 | 五 | 伍 | wǔ |
| 10 | 十 | 拾 | shí |
| 100 | 百 | 佰 | bǎi |
| 1 000 | 千 | 仟 | qiān |
Ces caractères apparaissent sur les chèques, les contrats, les billets de banque et les factures officielles. Un apprenant n’a pas besoin de savoir les écrire, mais leur reconnaissance reste utile pour comprendre les documents administratifs et bancaires lors d’un séjour en Chine.

